Le cabaret ou la scène du super-héros

 

 

Finalement, l’univers du music-hall représente un peu pour toi une sorte d’espace de toutes les libertés auxquelles chaque être humain aspire dans une vie...

 

J’ai un peu cette lubie que chacun devrait avoir son petit cabaret, comme un jardin secret, pour y faire son propre music-hall. Un espace dépourvu de codes dans lequel on peut se réaliser, faire le point sur ses pulsions, ce qu’on a pu refouler, et exploser les inhibitions par l’artifice en une sorte d’ultra-sophistication...

L’artifice peut nous pousser dans nos derniers retranchements. Comme si on faisait l’ascension d’une très haute montagne. Plus on monte, moins on peut tricher. Mais avec des petits pas, on se donne plus de chance d’y arriver. Comme dans ce recours à l’artifice, par lequel on superpose différentes couches, progressivement, et on réinvente un soi avec autant de couches nouvelles.

Il y a aussi la notion de nuit infinie, des fards et des feux de la scène. On peut masquer tout ce qu’on ne veut pas montrer et renaître sous d’autres traits. Un peu comme un super-héros : un individu noyé dans la masse et le commun, qui se découvre un super pouvoir et se transforme, se masque, devient un Super-Lui. C’est le fantasme de se prendre pour qui on veut, mais pour toujours mieux se trouver. Ou encore le fantasme de téléporter sa vie dans un endroit où on ne serait connu de personne, où on pourrait être un autre, sans être jugé par rapport à ce qu’on est sensé être dans une vie toute établie.

L’image de ce super-héros pose la question de ce qui est et de ce qui n’est pas. Avec l’avènement de la physique quantique au siècle dernier, on remet de plus en plus de choses en question. L’homme prend en considération ce qui existe, c’est-à-dire ce qu’il appréhende du monde par ses sens ; mais qu’en est-il de ce qu’il ne perçoit pas ? de ce qu’il n’envisage pas ? de ce qu’il ne peut pas concevoir et, par extension, de ce dont il ne se soupçonne pas en tant qu’individu ?

Avec une pointe d’absurdité, je m’interroge sur l’ambivalence des masques sociaux et la façon de soupçonner l’envers de ces masques. Celui que nous nous forgeons malgré nous avec les couches de l’éthique, des conventions, de l’égo, des envies, des conséquences de la passion, etc., il est indispensable d’en prendre conscience, pour ne pas dire le maîtriser.

Dans ce but, il faut en créer de nouveaux pour cerner, comprendre, et neutraliser le masque dont nous n’avions pas conscience. Rien que d’imaginer qu’on pourrait faire telle ou telle chose grâce à un nouveau masque, c’est révéler une nouvelle part de soi, se forcer à voir plus grand et se transcender.