De la musique à la mise en scène

 

 

Comment es-tu venu au théâtre ?

 

Mes parents sont musiciens. Je baigne dans la musique depuis toujours, et je l’ai pratiquée dès l’âge de 8 ans. Au cours de mes études musicales, et après un ras-le-bol de musique baroque alors que j’étudiais le clavecin, je me suis mis à « inventer » la musique, sans autre but que d’entendre celle qui me plairait.

Après le clavecin, mes années en composition électroacoustique au conservatoire — ce qu’on appelait anciennement « musique concrète » — ont confirmé ce désir. J’étais libre de faire comme je voulais, en partant de rien et juste avec du bruit. Avec le recul, et après être passé par des cours d’harmonie, de contrepoint et d’analyse, je me rends compte comme cette discipline a été libératrice. Aujourd’hui, je n’ai pas peur d’inventer et je pense que je le dois en grande partie à cette étape un peu expérimentale.

Néanmoins, la seule pratique de cette discipline créative ne m’a jamais complètement satisfait. Je voulais raconter des histoires, rendre spectaculaire ce qui est quotidien. Je voulais fabriquer, réinventer des vies — la vie —, altérer, transformer, sublimer... Et, pour mettre en œuvre tout ça, pour se donner les moyens de trouver LE moment où tout va se compléter harmonieusement, s’imbriquer idéalement, pour donner naissance à une chose inédite et alchimique, quoi de mieux que la scène de théâtre ?

 

 

Et la musique dans tout ça ? Quel rôle joue-t-elle sur scène ?

 

La scène est l’endroit où l’on peut lui donner corps, dans un équilibre fragile et vulnérable, entre performance de comédien, propos, mise en scène et chorégraphie, contexte scénographique et costumes, lumières, propos narratif ou abstrait. Toutes les dimensions du spectacle sont liées par ce facteur temps allégorique qu’est la musique.

 

 

Comment cette volonté de créer tes propres spectacles s’est-elle concrétisée ?

 

Après la création d’une première comédie musicale, Philippe Danel, que je connaissais de ses années à L’Orchestre National de Lyon, m’a proposé de travailler sur une adaptation de La Flûte Enchantée – dans le cadre du festival Octobre en Normandie qu’il dirigeait à l’époque. Cette opportunité a donné naissance à la compagnie. C’était en 2001.

 

 

L’idée de troupe, constituée des comédiennes que l’on retrouve dans la plupart de tes projets, s’est-elle imposée d’emblée ?

 

On commence toujours par faire du théâtre avec des amis, des proches qui partagent ce goût pour le spectacle ou un univers en particulier. Dans l’idée de troupe il y a une forte notion de famille. Suivant ce cliché, ça s’est fait tout seul. J’ai commencé avec ma sœur, qui est comédienne et a fait ses études à l’INSAS, à Bruxelles. C’est par elle que j’ai rencontré les toutes premières comédiennes, belges, de la compagnie. Puis, j’ai découvert peu à peu le milieu du théâtre de ma propre ville, Lyon. J’ai eu des coups de foudre pour les comédiennes qu’on retrouve aujourd’hui dans mon équipe. Je suis allé les chercher moi-même, je n’ai jamais organisé d’audition. Toutes sont des amies aujourd’hui ; je les ai toutes vues devenir maman, et toutes te diront, je pense, que cette troupe est une seconde famille.

 

 

On te sait metteur en scène et compositeur mais, outre ces deux « casquettes », tu écris les textes, conçois les chorégraphies, crées les costumes, tu t’investis également beaucoup dans le travail scénographique... Te considères-tu comme un artiste complet ?

 

Je me sens davantage agenceur que compositeur ou dramaturge. Il m’aura fallu du terrain et de l’expérience pour bien l’intégrer et me dire, à défaut d’être spécialiste d’un domaine précis de création, que j’ai plusieurs cordes à mon arc.

 

 

Tu aurais donc une approche plus technique que dramaturgique ?

 

Ça peut arriver, oui. Disons que ce qui m’importe, c’est la certitude que je peux être capable de faire. C’est le côté ouvrier de cet agenceur. A chaque fois que j’ai une fascination pour une chose, je vais chercher à savoir ce que c’est, d’où ça vient, comment ça marche. Exactement comme je procède lorsque je veux reproduire un effet musical particulier. J’ai toujours une idée précise de ce que je veux obtenir. Tout le travail consiste à guetter l’alchimie de la réalisation. Les moyens à mettre alors en œuvre n’échappent jamais au doute ! Et pour se donner toutes les chances de réussir cette alchimie, il faut avoir conscience de tous les paramètres scéniques et savoir se mettre au centre de tout ça.