Commedia

la grande revue du Theatrum Mundi, le grand théâtre du monde.

Au cœur de l’Univers, Homo sapiens dispose d’une aptitude singulière : à travers la fiction, il peut se représenter lui-même, à l’infini, porté par sa conscience.


Le Theatrum Mundi — miroir du monde — nous livre le reflet de cette pensante et pesante conscience, démantelée par le pouvoir désaliénant du music-hall. C’est la Commedia. 

ARGUMENT (s'il en est)

Au Theatrum Mundi se joue la revue de music-hall Commedia, titre originel de la Divine Comédie de Dante — vue ici comme un catalogue des névroses de l’homme moderne.
Les Allégories, personnages fantasmagoriques de ce music-hall symboliste et plumé, ont la charge de mener la danse. Leur extravagance glamour et punk n’épargne rien ni personne.
Un spectateur, plongé dans son téléphone, est ainsi appréhendé. L’homme est alors invité à monter en scène, contre son gré. Propulsé au centre des regards, et mené par l’Allégorie de l’égo, il s’empare des lieux et s’arroge tout pouvoir. A travers un dédale d’ellipses et de numéros musicaux, il prend possession du monde et colonise l’Univers tout entier. Lorsqu’il proclame son immortalité, le show bascule vers un vaudeville absurde où se côtoient Pandore, Frankenstein, la Mort déchue et tout une cohorte de figures non moins épiques.
Nonobstant ce regain d’extravagance, la scène du Theatrum Mundi s’atrophie. Le jugement de notre homme est alors annoncé, mais c’est Zeus que l’on voit comparaître. Le détenteur de la foudre est accusé d’avoir fomenté le spectacle le plus présomptueux qu’on n’ait jamais vu. Il est alors sommé de rendre son âme au public.

« La philosophie, à qui l’entend, enseigne, et dans plus d’un écrit,

comment la nature procède de la divine intelligence et de son art ;

et si tu lis bien ta physique, tu trouveras, dans les premières pages,

que l’art humain, autant qu’il peut, suit la nature,

comme un élève suit son maître,
si bien que l’art est comme un petit-fils de Dieu. »

Dante (L’Enfer – XI – 97)

Saynètes, talk-shows, grands tableaux de comÉdie musicale, dans les clichés les plus désuets, punks, queers, glamour et underground du cabaret ; une maîtresse de cérémonie, des créatures singulières, des performeurs philosophes et scientifiques, baroques et burlesques, sont autant de figures, exubérantes ou invisibles, qui s’opposent et coopèrent à la fois. 

Les créatures du Theatrum Mundi nous parlent politique, philosophie, latin, sciences dures et sciences sociales, sans craindre le spectaculaire, fut-il grotesque ou tapageur. 

Le verbe est roi, on emprunte aux symbolistes et à l’absurde, mais le corps et le geste demeurent les outils de langage privilégiés, tant par la danse et le burlesque que le costume ou tout recours à l’abstraction.

DE PLATON AUX NEUROSCIENTIFIQUES DE NOTRE ÉPOQUE, toutes les études nous enseignent que la fiction régit nos existences. Bien plus que prégnante, celle-ci est déterminante : elle façonne nos personnalités, nos vies, nos sociétés. Tandis que nous nous pensons maître de celle ou celui que nous sommes, notre libre arbitre est faible, voire inexistant. Le dindon de la farce n’est pas loin. 

Si Homo sapiens jouit d’une conscience pensante, celle-ci lui assène sans ménagement la connaissance de sa mort prochaine. Fort de cette nouvelle, Homo sapiens s’inflige nombre de préoccupations existentielles. En premier lieu, la question du sens de la vie. Ses tentatives de réponse font de lui l’immanquable proie de la névrose. Le recours à la fiction lui est alors salutaire ; et, dans la condition humaine qui est la nôtre, c’est le moyen de basculer sur le bord vertueux du cercle de l’existence. 

Ainsi, nous guetterons l’avènement d’une conscience éveillée, révélée. Celle de l’humain créateur et révolté, au sens où Camus l’emploie lorsqu’il voit Sisyphe comme un homme libre et bien vivant devant l’absurde.